Le Fonds Zablotska-Koval
« En vieillissant, on se demande ce que l’on laissera après soi. Si je n’avais aucun but précis en achetant mes premiers rushnyks, je sais aujourd'hui qu’ils seront mon héritage. S'ils survivent à la guerre, même conservés dans des cartons au fin fond d'une cave ou dans les archives d'un musée, j'aurai fait ma part. »
Une initiative d’abord personnelle
Irena Koval, née Zablotska, grandit en Ukraine, dans la région de Lviv, où l’identité ukrainienne lui est transmise dès l'enfance par sa famille. À travers les rushnyks et les vyshyvankas, ou l'œuvre poétique de Taras Chevtchenko et de Lessia Oukraïnka. À une époque où sa culture est persécutée, la connaître devient un acte de résistance.
Pourtant, jeune adulte, elle est contrainte de s’installer en France. Fascinée par ses tapisseries, sa marqueterie, son architecture, et les efforts colossaux déployés pour les préserver, elle y découvre une nation qui chérit son patrimoine.
Le déclic ne survient que trente ans plus tard. Irena est saisie par la beauté de rushnyks découverts par hasard, dont elle ne reconnaît pourtant ni les motifs ni le style. Ils sont issus de régions ukrainiennes dont on ne lui avait jamais enseigné l'héritage textile. C’est une révélation : si elle-même ignore cette diversité, c’est qu’elle n’a jamais été transmise ni mise en valeur.
Inspirée par le modèle français de conservation, une ambition naît : révéler ces territoires aux Ukrainiens eux-mêmes, pour qu’ils se réapproprient l’immense richesse d'une identité trop longtemps marginalisée.
L'urgence face à l'effacement méthodique
Les premières acquisitions sont discrètes. Jusqu’alors, les rushnyks étaient simplement délaissés dans de vieilles maisons de campagne, menacés par le temps mais pas par la destruction. La guerre transforme ce désir de sauvegarde en urgence.
Au drame humain s'ajoute l'anéantissement délibéré de la culture. Dès les premiers jours de l'invasion, les musées et les églises sont ciblés. À l'été 2026, des imprimeries sont bombardées, réduisant en cendres des millions de livres, dont tous les manuels scolaires de la rentrée.
Impuissante face au cours militaire de la guerre, Irena choisit le sauvetage culturel. Aux pièces qu'elle rassemblait déjà, s’ajoutent désormais celles achetées dans les territoires directement frappés par les missiles.
Face à une histoire que l'on tente à nouveau d'étouffer et de brûler, chaque textile sauvé devient un acte de survie.
D'une collection intime à un projet institutionnel et familial
Si l’initiative d’Irena a permis de sauver ces œuvres, c’est son fils, Igor Koval, qui donne au projet une nouvelle dimension. Chercheur et spécialiste des projets numériques, il refuse que la collection reste dans l'ombre. Il décide de numériser le fonds et systématise la documentation des pièces avec des chercheuses ukrainiennes, garantissant la rigueur académique du projet. Il crée une vitrine en ligne, convaincu que ces textiles sont une fenêtre ouverte sur l’ensemble de l'Histoire ukrainienne.
De discussion en discussion, ce musée digital appelle naturellement une incarnation physique : une exposition itinérante capable de traverser les frontières.
Cette nouvelle ambition est portée par Oleg Koval, mari d’Irena et président du Comité Représentatif de la Communauté Ukrainienne en France (CRCUF). Fort de son ancrage diplomatique, il mobilise les soutiens institutionnels et culturels nécessaires pour faire entrer la collection dans les musées occidentaux.
Aujourd'hui, le Fonds Zablotska-Koval dépasse la simple archive ; c'est une voix qui s'élève pour porter l'Histoire de l'Ukraine dans le monde.